Depuis le Moyen-âge, une distinction très nette entre les champs d’activités des hommes et celui des femmes se répercuta dans le domaine des Arts.
Toute l‘organisation du milieu artistique étant une affaire d’hommes, les créatrices de tous les domaines durent surmonter de nombreux obstacles.
Dans la peinture, Angelika Kauffmann (1741-1807) devint une peintre très réputée notamment grâce à l’obstination de son père et… à son travestissement : en effet, ce subterfuge était le seul moyen de suivre les cours dans un établissement d’Enseignement Supérieur, alors interdit d’accès aux femmes.
Il en est de même pour l’Ecriture longtemps considérée comme une technique particulière aux hommes. La Sorbonne étant également fermée au sexe féminin, les écrivaines furent formées à la maison et empruntèrent parfois un pseudonyme masculin pour être publiées ; Tel fut le cas de Aurore Dupin, plus connue sous le nom de George Sand, et des sœurs Bronté par exemple.
La Sculpture connut les mêmes réticences mais le génie de la célèbre sculptrice Camille Claudel prouve aujourd’hui ses capacités hors du commun.
L’enseignement musical n’échappe pas à ce fonctionnement. La musique ne sollicite pas la présence féminine et les exclut longtemps du chant religieux notamment. Elles n’y furent admises qu’avec réticence, longtemps supplantées par les castrats.
En matière de composition, l’apprentissage de l’harmonie et du contrepoint fut longtemps inaccessible aux femmes et si elles composaient, leur création ne devait rester qu’un loisir.
Notons qu’il a fallu attendre le dernier quart du 19ème siècle pour que les Académies Supérieures ouvrent leurs portes aux femmes.
C’est dans ce contexte que Fanny Mendelssohn (1805-1847) voit son génie créateur bridé. Dans l’ombre de son frère Félix, il lui est demandé de faire un usage discret de son savoir. Habitée par le feu sacré et soutenue par son mari le peintre Hensel, Liszt et Robert Schumann, elle compose plus de 400 œuvres, dont des lieders, duos et quatuors pour voix et piano, oratorios et cantates. Elle anime les matinées dominicales musicales en bâtissant les programmes et en réunissant des musiciens tels Gounod, Liszt et une autre compositrice florissante : Clara Schumann.
Clara Schumann (1819-1896) est une brillante pianiste qui donne son premier récital à Leipzig à 11 ans et entreprend un an plus tard une tournée en Europe durant laquelle elle est acclamée par Goethe, Berlioz, Félix Mendelssohn, Chopin… Son mariage avec Robert Schumann en 1840 ne l’empêche pas de composer, même avec 8 enfants ! Son œuvre comprend 40 pièces (pour piano seul, concertos, musique de chambre) dont 21 seulement sont publiées et 3 recueils de lieder. Elle inspire aussi beaucoup Robert qui lui a d’ailleurs « emprunté » plusieurs motifs ainsi que ses trois lieder opus 12. Elle est la première femme à avoir interprété et diffusé ses œuvres.
Mel Bonis (1858-1937) est présentée à César Franck qui lui ouvre les portes du Conservatoire en 1876. Ses œuvres sont caractérisées par une expression et une sensibilité rares. La technique de ses compositions égale celle des plus grands. C'est dans l'incompréhension de son entourage qu'elle assoira sa carrière de musicienne, écrivant plus de 300 œuvres pour piano, orgue, musique de chambre, orchestre, mélodies et chœurs.
Rita Strohl (1865-1941), née Aimée La Villette est une pianiste douée qui entre au Conservatoire de Paris à 13 ans. En 1884 commence la diffusion publique de son trio de musique de chambre et l'année suivante sa Messe pour six voix, orchestre et orgue résonne dans les cathédrales de Rennes et Chartres. Elle fut une compositrice reconnue par les plus grands tels que Erard, Chausson, d'Indy, Duparc, Fauré, Casals… Le catalogue de ses œuvres montre les créations d'une femme mystérieuse attirée par diverses influences religieuses : pièces pour piano seul (Romances sans paroles, Fugues, Thèmes et Variations, Le Ruisseau) et musique de chambre, Les Noces Spirituelles de la Vierge Marie en 1903, véritable « en luminure musicale et missel sonore », opéra hindou en 1907, opéra celtique en 1910, drame lyrique La femme pécheresse en 1913, Paysages de l'âme en 1928, des brochures musicales et préfaces pour ses œuvres lyriques… Son mari Emile Strohl lui suggère de mettre en musique les poèmes de Pierre Louys : naissent alors Les Chansons de Bilitis en 1898. Inspirée par cet érotisme léger et plein de tendresse, elle invente une musique pleine de lumière. Créees par Jane Bathori, elles connaissent un très vif succès. Aujourd'hui Rita est si bien oubliée que l'histoire de la musique ne connait pas même son nom !
Germaine Tailleferre (1892-1983), surnommée « la Marie Laurencin pour l’oreille » par Cocteau, est l’unique femme du célèbre groupe des Six (en compagnie de Auric, Durey, Honnegger, Milhaud et Poulenc). Ses rencontres artistiques et amicales comptent notamment Apollinaire, Laurencin, Fernand Léger, Picasso, Modigliani, Ravel et Charlie Chaplin. Elle composa beaucoup d’œuvres de musique de chambre, des mélodies, des concertos pour piano, quatre ballets, quatre opéras, deux opérettes. Notons que bon nombre de ces ouvrages ont été perdus !
Ses Six Chansons Françaises parlent de la condition féminine en utilisant des textes du 15 ème au 18 ème siècle. Chaque œuvre est dédiée à une amie femme : elles sont l’un des rares exemples de féminisme dans l’œuvre de Tailleferre.
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