Gaetano DONIZETTI (1797-1848)
Adina – Maïra Kerey
Nemorino – Soner Bülent Bezdüz
Belcore – Nigel Smith
Le Docteur Dulcamara – Till Fechner
Gianetta – Laure Baert
Danseurs : Linda Gonin, Solaine Caillat, Veronica Endo Olascuaga,
Karine Girard, Isabelle Terracher,
Romano Bottinelli, Jérémie Duval, Serge Helias,
Esteban Peña Villagran, Michaël Vessereau
Choeurs de l'Opéra de Nancy et de Lorraine
(direction Merion Powell)
Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy
Coproduction Théâtre de Caen,
Opéra de Rennes, Opéra National de Nancy et de Lorraine
Nancy, 3 Février 2006
«Je désire mettre en scène des figures qui allient dans un même geste chant, jeu dramatique et danse. Un moyen pour moi de revenir à ce que je retiens comme étant l’essence du théâtre ».
Le Colombien Omar Porras réalise avec ce pétillant Elixir nancéen sa première mise en scène lyrique et, d’emblée, il semble qu’il faudra compter avec un nouveau venu au langage très personnel et ludique, ovationné à juste titre par le public. Un parcours très divers et complet, explorant le mouvement à travers des disciplines comme le travail d’acteur, mais aussi les marionnettes, le masque, la danse, la musique avec sa troupe du Teatro Malandro, semble avoir façonné un personnage possédant non seulement toutes les techniques, mais surtout un regard impertinent, malicieux, et profondément libre de toute doctrine. Avec la complicité essentielle de son frère plasticien Fredy Porras, Omar Porras replace l’Elixir d’amour dans un univers à la Tim Burton mâtiné de Chicken Run et revisité par Miyasaki. Un monde onirique peuplé de lutins, de nymphes et de faunes, qui accueille en toute évidence les personnages naïfs au grand coeur de l’Elixir, les innocents et les roublards et LE personnage principal : l’Amour, ici redevenu mystère essentiel de la Nature dont Nemorino et Adina ne sont que les révélateurs.
Alors oui, disons-le, nous avons été enchantés, au sens féerique du terme : décors de bandes dessinées, colorés, ingénus sans mièvrerie ; costumes explosant de richesse et de créativité, et ces masque au grand nez, comiques ou attendrissants, et si révélateurs des sentiments, accessoires époustouflants (la carriole de Dulcammara tout droit venue du Château ambulant de Miyasaki…), une inventivité constante et pétillante, un travail d’équipe frappant de complicité. Une utilisation optimale du plateau, avec un sens inné du déplacement des masses et de l’utilisation des danseurs, mêlés aux choeurs avec une habileté qui leur fait amplifier les mouvements sans rupture. Un sens du détail très juste aussi, qui ponctue les mouvements d’ensemble sans les polluer et multiplie les clins d’oeil au spectateur (l’arbre qui fleurit pendant l’inévitable « furtiva lagrima », chantée heureusement sans l’attirail habituel de ports de voix à la napolitaine…). Vraiment, du grand art de la scène.
Et la musique alors ? Et bien, loin de disparaître derrière ce bric-à-brac enchanteur, elle en sort magnifiée, mieux, justifiée. Avouons que l’urgence de la partition ne nous était jusqu’alors jamais apparue comme évidente. Mais ainsi illustré, le travail d’orfèvre de Donizetti, et notamment cette manière subtile de progresser d’un duo à un ensemble puis au choeur, reçoit un contrepoint narratif idéal sur scène, que la direction de Sébastien Rouland accompagne parfaitement, au point que l’on pardonnera quelques décalages et patinages excusables un soir de première.
Le plateau vocal est d’un cosmopolitisme réjouissant. Le Nemorino turc de Soner Bülent Bezduz, un peu contraint au début, s’affirme de plus en plus tout au long de la représentation, il possède un timbre agréable et surtout une émission d’une grand pureté. La Kazakhe Maïra Kerey fit ses débuts en France en octobre 2003 dans le rôle de Musette à l’Opéra Bastille (aux côtés d’Alagna) et fut alors … incendiée par notre cher confrère Placido Carrerotti. C’est bien pourtant la même qui, avec il est vrai une voix non exempte de duretés, offre à Adina une belle consistance et une aisance scénique indéniable. Dulcamarra et Belcore vaillants vocalement et scéniquement, mais à vrai dire, de toute la distribution, […] c’est la Gianetta de Laure Baert qui nous séduit le plus, par sa facilité, la chaleur pulpeuse de son timbre, et le poids qu’elle donne à son personnage. Ce qui justifie amplement le moment récital que lui consacre l’Opéra de Nancy le 10 février, une interprète que de rôle en rôle (souvent second, hélas) on voit s’affirmer de plus en plus et que l’on souhaiterait enfin entendre au premier plan.
Cerise sur le gâteau d’une soirée euphorique et longuement applaudie, la présence dans la salle de nombreux jeunes qui ont largement contribué à réchauffer les frimas lorrains…
Sophie Roughol
(www.forumopera.com)
Spectacle repris au Théâtre de Caen (7, 9 avril), à l’Opéra de Rennes (17, 19, 21 mai), au Grand Théâtre de Reims (4, 6 juin)
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